Conjugaison avoir un faible niveau et réussir son cours (vidéo)

Lors de la parution de l'article "Temps scolaire, temps gaspillé", nous avons eu beaucoup de réponses, pour certaines assez vives.

Nous avons eu notamment cette critique : quelqu'un qui ne saurait pas parler français correctement ne pourrait pas faire l'école à la maison.

"Mais vous vivez où? nous dit MB.
"Il y a, à cause de tels articles des parents qui pensent pouvoir "jouer les maîtresses". Tout le monde n'est pas en mesure de faire l'école à la maison. Je ne parle pas de diplomes ou autre mais quand les parents ne sont pas capables de produire une phrase....et pensent pouvoir faire l'école à la maison c'est également à mes yeux une forme de "maltraitance"

Une conviction très forte est affirmée. Le parent qui serait illettré serait maltraitant s'il désirait instruire son enfant.

Et quid des parents étrangers parlant mal le français ? Un Roumain ne pourrait donc pas faire l'école à la maison en français, parce qu'il fait trois fautes par phrase ?

Et par ailleurs, quid des enseignants qui n'ont pas le niveau ? Eh ! oui, nous n'en connaissons pas beaucoup qui soient bons dans toutes les matières ! Et qui pour certains parlent une sorte de français à peine intelligible, sorti des jeux vidéos dont ils sont friands ?

Il est fréquent qu'on évoque le problème du niveau. Sans avoir étudié la question de savoir quel est le niveau utile du parent ni en quoi ce niveau va conditionner sa capacité à faire l'école à la maison.

Nous avons montré qu'en réalité, le niveau n'est pas en cause. Un parent ayant beaucoup de problèmes pour faire des phrases françaises, par exemple un parent étranger, pourra très bien faire l'école à la maison.

En revanche, un parent qui refuse ou ne veut pas s'occuper de son enfant n'y arrivera pas.

Dans un cas extrême, un parent illettré aurait du mal à faire l'école à la maison, mais il pourrait y arriver, contrairement à ce qu'on pense. Illettré ne veut pas dire analphabète. L’illettrisme n’empêche pas d'apprendre à lire et compter à son enfant et ensuite, il s'agira de savoir aider son enfant à apprendre par lui-même, en l'accompagnant, voire en l'écoutant, ce que l'enfant aimera beaucoup.

Il est assez fréquent qu'on nous dise que pour faire l'école à la maison, il faudrait avoir un niveau minimal. Une pédagogie.
Mais peut-être que si l'on y réfléchit avec bienveillance et ouverture d'esprit, on peut dégager de nouveaux paradigmes pour l'instruction et l'enseignement.
Des paradigmes qui pourraient aider l'école à se sortir de ce mauvais pas qu'elle traverse, avec des profs qui sont sans formation sérieuse ou avec de mauvaises formations, d'où les résultats généralement déplorables qu'on connaît.
Et puis, il faut surtout ceci:

Avoir de l'énergie et de la volonté

Il faut vouloir s'investir d'un pouvoir, il faut vouloir ! Un parent étranger ET analphabète y arriverait, s'il prenait les choses à bras de corps, avec rayonnement et conviction ! On a vu des gens jamais allés à l'école savoir enseigner magnifiquement. Des dresseurs de chien, des tanneurs, des portefaix ont été capables d'instruire magnifiquement des enfants.

Voilà deux choses plus importantes encore que le niveau.

Quatre questions fatales

Posons maintenant 4 questions qui vont crever l'abcès:

1 - Pensez-vous qu'un prof d'histoire-géo serait incapable de faire l'école à la maison ? Vous répondrez: "Non, il en est capable." Or, il se trouve peut-être en maths parfaitement nul. Comme la maman l'est éventuellement.
Qu'est-ce qui empêcherait ici la maman d'y arriver où, là, le prof y arriverait ?
Qu'est-ce donc qui va se passer chez le prof (et nous en avons plein qui font l'école à la maison) ? Il va pour l'essentiel découvrir la matière et l'apprendre avec son élève qui est son enfant. D'où il en ressortira une émulation intéressante pour l'enfant, qui sera dans un apprentissage partagé et non hiérarchisé, cette fois.
Nous ne disons pas que ceci est un système généralisable mais une opportunité: on peut enseigner sans savoir, pourvu qu'on fasse l'effort d'accepter qu'on ne sait pas et qu'on peut s'intéresser.
2 - Ignorez-vous que des millions de paysans illettrés ont enseigné leurs enfants et les ont poussé vers des études, parfois brillantes ? Tel pape a eu pour père un éleveur, tel bâtisseur était fils de berger, sans avoir été à l'école avant un âge avancé.
3 - Pensez-vous qu'un Roumain ou un Malais vivant en France soit incapable d'enseigner son enfant ? Peut-être qu'avec les bribes de français qu'il a, il pourra aider son enfant à apprendre seul. Peut-être aussi qu'il peut l'enseigner dans sa langue natale et apprendre le français avec son enfant. Et si vous le croyez, comment ont fait les parents du petit Mazzarini, qui étaient italiens ne parlant pas français, pour élever leur enfant au rang de premier ministre de ce qui a été un vrai pays et non une baudruche au sommet de quoi on a bien trouvé récemment un valseur catalan ?
Enfin, sur la pédagogie, disons-le tout net, on n'en a aucun besoin. Cela intéresse des profs qui ont une classe entière. La pédagogie que nous vous proposons sur le site suffit à tout et vaut bien davantage, nous fait-on la grâce de nous dire de toute part. Il n'y a de pédagogie sans amour. L'école en est dépourvue. Elle peut avoir le discours, le budget, les moyens, les officines, les agences, les bureaux d'étude, les psychiatres, la presse avec elle, l'Histoire récente et chaotante, sans l'amour, ce n'est que trompettes d'airain et cymbales de bronze. Une petite maman toute seule fait mieux qu'un ministère.
4 - Et les langues étrangères, vous les savez avant de les apprendre ? Vous seriez vraiment incapable de les apprendre en même temps que votre enfant ?
 

Pourquoi n'a-t-on pas intérêt à tout savoir ?

Mieux vaut, même, ne pas être d'un extraordinaire niveau. Quand nous faisons l'école à la maison, non seulement nous ne cherchons pas à tout savoir avant de faire cours, mais nous avons plutôt intérêt à ne pas tout savoir.

Certes, il est toujours sympa d'avoir une maman ou un papa super fort sur une matière, qui ait le talent pour le partager. Mais dans la matière qu'il/elle ne connaîtra pas, ils s'en tireront très bien s'ils mettent la même fougue dans la curiosité d'apprendre.

Conjugaison avoir et ne pas avoir...

Ne pas avoir le niveau n'est pas un problème, en réalité. A partir du moment où vous avez envie d'apprendre en même temps que l'enfant.

Car votre enfant va énormément aimer voir qu'il n'est pas le seul à apprendre.

Vous voir arrondir les yeux et vous émerveiller, chercher à en savoir plus, feuilleter le livre ou l'encyclopédie à la recherche d'un complément, cela va beaucoup lui apporter.

Il va être ravi de vous voir hésiter et en conjugaison avoir ou être vous donneront des difficultés bienvenues !

Ah ! la conjugaison, qui ne s'y trompe pas de temps en temps ?

Conjuguez-moi le verbe dont il est question dans l'expression: "Point me chaut !"

Ou le verbe avoir... comme ceci:

conjugaison-verbe-avoir Conjugaison avoir https://l-ecole-a-la-maison.com

Vous ne savez pas parfaitement ? Tant mieux.

L'effacement d'une hiérarchie

Cette fois, plus que d'habitude, vous ne savez pas tout et ça se voit: vous êtes flou, vous hésitez et avez dit un superbe "euuuh, en fait..." qui a tout révélé à votre enfant. Vous ne pouvez plus lui cacher que vous séchez. Pas de problème: acceptez-le ! "Eh bien, tu vois, je ne sais pas ! Et j'aimerais bien le savoir." Cela va briser la hiérarchie entre vous, il ne sera plus seul. Il ne sera plus l'ignorant congénital qu'il croit être, il sera un être humain à part entière.

Certes, vous lui avez expliqué que l'erreur est propice au progrès, mais c'est encore mieux, maintenant que c'est vous qui ne savez pas.

Par ailleurs, cela va vous donner l'occasion de lui montrer comment chercher et trouver l'information, comparer des sources. A ce moment-là, l'ordinateur ou l'encyclopédie seront à votre portée et vous expliquerez qu'une partie du travail consistera à chercher l'information.

A son tour...

d'être celui qui trouve l'information et vous la donne.

Pourquoi ne pas proposer ceci: vous cherchez une information dans un livre pendant qu'il en cherche une autre sur le net ? Chalenge sympa, à réaliser dans un délai limité (par exemple 5mn chrono).

Il vous livrera le fruit de ses recherches et en tirera fierté.

Enfin, il pourra aussi vous apprendre des choses ou guider votre apprentissage à tous les deux grâce à ses questions. Si l'on prend l'Histoire, il demandera "pourquoi Louis XI utilisait des cages pour ses prisonniers ?", vous serez conduit à chercher avec lui en mettant en valeur sa question: "Tu as raison, pourquoi diable faisait-il ça ? A ton avis ?" et il essaiera : "pour leur faire mal ?" et vous répondrez "Peut-être. Ou parce qu'il n'avait pas de prison ?" Etc. Ce jeu donne envie à l'enfant de trouver la réponse.

Voilà comment nous pouvons conjuguer "avoir un faible niveau" et réussir son cours !

Alors, si vous vous dites "Je ne sais pas grand chose", désormais vous saurez que ce sont ceux qui savent tout qui s'ennuient le plus !

Préparation du cours

Vous allez donc alléger au fur et à mesure pour les cours qui n'exigent pas de préparation. La seule chose qu'il vous restera à faire, et que vous n'oublierez pas, c'est bien sûr de mettre à votre disposition les ressources (cours, cahiers, livres, internet...).

PS: nous sommes sûrs en fait que vous le faites déjà comme ça.

  • Sonia dit :

    La conjugaison ! Pour moi ce mot sent la craie, évoque des litanies, une prof de quatrième ” allumée “, amoureuse de Charles Péguy, qui nous a fait aimer Notre dame de Chartres nous qui étions dans la montagne et le conditionnel avec ses atténuations, ses désirs, ses incertitudes !
    Merci Cécile et Rémy d’avoir mis devant mes yeux tous ces temps et ce souvenir.
    Un garçon de dix ans, élève en CM2 dans une école où je travaillais,est venu me dire que le remplaçant de sa maîtresse était sadique, parce qu’il allait à la pêche en conjugaison ! Une fois renseignement pris auprès de ce maître remplaçant, je suis invitée à la séance de pêche.
    Il se juchait sur une chaise, avec une canne à pêche. Les élèves étaient groupés devant lui, debout, c’étaient les poissons. Une main innocente tirait un petit papier plié dans une corbeille. Avant de le lire, le remplaçant posait son « bouchon » sur la tête d’un élève qui devait réciter le verbe au temps marqué sur le petit papier ,sinon il était pris. La première fois si la conjugaison était mauvaise, le poisson avait le droit de s’échapper et revenir dans le groupe. Sinon il allait s’asseoir et avait à copier cinq fois la conjugaison manquée sans essayer un second coup sa dernière chance. Tout ça dans la bonne humeur et les moqueries…. Que faire ? Je me suis mise dans le groupe des poisons et j’ai été péchée ! Puis le maître s’y est mis aussi. Un élève était le pécheur. J’avais glissé dans la main innocente : « première personne du singulier du passé simple du verbe pouvoir ! »Quelle rigolade ! Il nous a dit en fin de compte : « Je pus sentir mauvais mais je ne pue plus ! » et il l’a écrit au tableau. (C’était un dur à cuire !)
    Avec lui et les enfants nous avons parlé de cet exercice. Le fait que des adultes ” y passent” aussi l’avait dédramatisé. Je suis entièrement d’accord avec vous, les parents peuvent apprendre en même temps que les enfants, et accepter aussi d’apprendre d’eux.
    La fin de l’histoire c’est que la maîtresse revenue, son CM2 voulait la faire monter sur une chaise pour reprendre les séances de conjugaison! Pas question!

  • Anne-Sylvie MAURY dit :

    J’aime beaucoup cette vidéo et aussi l’histoire du remplaçant

  • RD dit :

    Je suis d’accord avec vous Rémy.
    Je ne sais pas tout et le fait de découvrir en même temps que mon enfant en CP le rassure. Il me dit parfois, surpris bien sûr: “tu n’savais pas Maman?” et je ne suis pas du tout gênée de lui dire “pas du tout, je l’apprends là en même temps que toi. Mais c’est top!”. Et je lui suggère de le dire au papa lorsqu’il rentrera “Tu le lui diras? ou c’est moi qui vais le faire? T’en penses quoi?” Bien souvent, il veut le faire. Et l’entendre faire part à son père de notre découverte du jour me permet de savoir comment il se débrouille pour exposer la chose et en même ça permet d’ancrer la notion dans son esprit.
    Lorsqu’il m’interroge sur tel ou tel sujet, il m’arrive de simuler mon ignorance. Il parle alors de faire des recherches dans ses livres, le dico, internet (à surveiller), et ses trouvailles feront l’objet de discussion lors du prochain cours, parce qu’il faut aussi je penses ne pas se contenter uniquement de ce qu’il ait fait des recherches. Il est important d’en discuter: ça l’aide à assimiler. Enfin, c’est ce que je penses. Je trouve que c’est génial!

    • Rémy et Cécile dit :

      “Et l’entendre faire part à son père de notre découverte du jour me permet de savoir comment il se débrouille pour exposer la chose et en même ça permet d’ancrer la notion dans son esprit.” Exactement ! Il y gagne en expression, en capacité à aborder un adulte, à vaincre ses peurs etc. C’est très bon.

  • sandrine dit :

    Idem, c’est marrant de constater qu’un peu partout il y a des personnes qui font la même chose que chez soi ! Et moi aussi j’ai bien envie d’être un poisson dans ce jeu de pêche !!!

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