Les valeurs de l’école à la maison


Si l’on se pose la question de l’école à la maison selon la perspective des valeurs, de la sagesse antique, et non plus des nécessités actuelles, on rencontre un monde qui est relativement peu exploré. Mais il est typique de notre époque. Les valeurs de l’école a la maison surgissent brutalement dans la vie de famille qui en ont quelques-unes, mais jusque là jamais réellement mises en œuvre. Les valeurs étaient surtout théoriques et culturelles.

Les valeurs les plus brandies

Nous pourrions vous dire que l’essentiel est de développer la patience, la bienveillance, l’écoute

Mais cela, vous le lisez partout. On va éviter les rodomontades et les poncifs. En fait, tout ce qu’on brandit dans ce monde de l’éducation n’est jamais qu’un infime sous-ensemble de valeurs séculaires, essentiellement diffusé dans le monde chrétien, et ce fatras laïcisé n’est qu’un vague écho lointain d’un legs dont il hérite et qu’il refuse souvent.

La question du Pourquoi

Pourquoi sommes-nous en quête de valeurs ? Quel sens cherchons-nous ?

Nous sommes dans une société qui, plus que n’importe quelle autre par le passé, parle beaucoup des valeurs et les cherche. Sur les réseaux sociaux, on en a plein partout. Paradoxalement, nous sommes aussi dans la société qui respecte le moins de valeurs au quotidien. Voyez certains profils, on voit des gens qui affichent volontiers des images charmantes, de bons sentiments, et qui se déchirent très facilement avec des gens qu’ils ne connaissent même pas. On peut en faire l’expérience aisément.

Dans ce pays d’Asie où nous nous trouvons, ce matin, le chauffeur de taxi nous proposait de nous aider, nous cherchons un logement, il est descendu de voiture, il a interrogé, il a parlé pour nous, il a pris notre numéro de téléphone, il s’est fait notre interprète; nous y sommes habitués, ce n’est pas un effort, c’est une manière d’être. Le policier vous sourit et cherche à vous arranger. Les passants vous aideraient volontiers, sans se poser de questions. On songe aussitôt à la France où vous faites face surtout aux mines grises, à la méfiance, à la peur…

Nous le disons au terme de notre étude autour du monde, l’Europe et la France en particulier sont un endroit où l’on parle le plus de valeurs, spécialement « humanistes » et où les gens sont les moins aimables, les moins disponibles, les moins souriants, les moins soucieux d’autrui.

Il s’agirait de retrouver quelque chose. Mais quoi et comment ?

On voit que plus une société parle de valeurs, plus elle a de problèmes avec elles. Nous l’avons déjà observé.

Comme disait Mac Cain, les valeurs, c’est ceux qui en parlent le plus qui en ont le moins

Méfiez-vous donc énormément de ces écoles où l’on vous accueille avec ces valeurs. Cette flagornerie cache quelque chose. Ce n’est pas ce qu’on devrait demander a priori. Vous ne devriez pas demander quelles sont les valeurs de l’école, parce que c’est vague et ça n’engage à rien, mais plutôt demander à cette école si elle va respecter vos valeurs, comment elle les met en œuvre et si elle dispose des moyens pour y arriver.

Car la question résiduelle au-delà du blabla est: une fois qu’on a évoqué des valeurs, comment est-ce qu’elles deviennent des réalités ? Voilà le vrai problème qui reste quand on a évoqué tous les autres.

Réponse : une valeur qui n’est pas pratiquée a beau être revendiquée par quelqu’un, elle n’existe pour ainsi dire pas chez lui. Et même, l’absence de mise en pratique rend cette personne très sensible et parfois déchirée sur cette valeur précisément.

Pour le dire crûment, le fait de dire et de promouvoir des valeurs ne prouve aucunement qu’on en a. Parler des valeurs n’a… aucune valeur.

On a une population qui en parle, qui sait ce qui est bien, mais qui fait mal. Qui se fait du mal et qui fait du mal.

Jamais nous ne croisons d’Asiatiques nous parlant de valeurs et nous faisant de leçons ou de sermons à ce sujet. C’est très européen: on parle de ça avec une impudicité qui est même gênante. Maintenant, parler de valeurs, ça nous gêne, c’est comme de parler de ses hémorroïdes. Il y a des limites. S’il vous plaît, évitez-nous les discours sur la démocratie, c’est indécent. Voyons plutôt ce que vous faites concrètement: voilà ce qu’on devrait dire aux présidents des républiques déchues d’Occident.

D’ailleurs, quand quelqu’un commence par « Moi, j’ai des valeurs », on sait qu’avant la fin de la conversation, on va apprendre quelques méfaits qu’il a commis. Combien disent « moi, je n’ai qu’une parole », combien commencent toutes leurs phrases par « en toute honnêteté », ou « pour parler franchement », ou « je te jure ma mère », et se révèlent de fieffés menteurs ? L’invocation répétée de l’honnêteté et de la parole donnée est hautement suspecte. Ne parlent, au vrai, de valeurs à répétition que les gens qui n’en ont pas, qui les cherchent, qui voudrait les posséder. Voyez Jacques Chirac: il n’avait que ça à la bouche, tous ses discours en étaient empuantis ; il n’en respectait aucune.

Ce n’est pas avec des valeurs qu’on change le monde mais en agissant, dans l’esprit de valeurs.

En outre, et c’est sans doute plus important encore, les valeurs se modèlent en agissant, elles changent, nous l’avons déjà dit dans notre chapitre sur « la pratique. » Après une vie, vous avez des valeurs très différentes d’à 20 ans.

L’écroulement concret des valeurs vient beaucoup de l’alimentation, de la santé, de la fatigue physique et nerveuse de la population, de l’appauvrissement, de la tension etc., et surtout du fait que les gens ne se donnent pas l’occasion au quotidien de les pratiquer. Où sont leurs œuvres ? Du coup, manquant de pratiquer ces valeurs, ils en parlent à tort et à travers. Avoir ses « valeurs » sur facebook, ça ne vaut pas tripette.

De plus, ce qu’on fait au quotidien dans le monde occidental diminue énormément cette pratique. Il est beaucoup plus difficile de pratiquer des valeurs en travaillant dans un bureau qu’en binant son champs. Le monde du service a dévasté celui du Décalogue, parce qu’il n’y a plus nécessité d’avoir un lien aux autres, comme c’était, et c’est encore le cas dans les communautés restreintes.

L’activisme moderne vous enlève non seulement l’énergie mais aussi, très simplement, le temps pour que vos valeurs prennent forme en vous, se manifestent à travers vous. Vous n’avez pas le temps ni les moyens de mettre en œuvre vos valeurs. L’activité quotidienne vous façonne.

L’individu moyen qui se dit humaniste ne fiche rien de sa vie, en réalité. Il a des valeurs théoriques, c’est-à-dire rien, des opinions très fragiles, qui deviennent folie furieuse s’il est contrarié. On l’a vu avec l’affaire Lambert. Tout ce peuple d’humanistes exige sa mort, alors qu’il s’agit d’un simple handicapé que beaucoup de personnes étaient prêtes à accueillir. L’humaniste se révèle ainsi un monstre, au bout de décennies d’inactivité. D’où la justesse de proverbes tels que: « l’oisiveté est mère de tous les vices »

Vous avez remarqué qu’on évoque beaucoup plus les valeurs en ville qu’à la campagne: moins on arrive à les mettre en œuvre, plus on s’en réclame. Vous n’avez qu’à écouter les discours des présidents de la république: quoique ne respectant strictement aucune valeur, ils en parlent sans cesse.

Les valeurs ne sont pas en principe un ensemble de concepts intellectuels. Ce sont des manières d’agir au quotidien. Et dès lors que l’on a l’habitude de bien agir, on n’a plus le besoin d’en parler. On ferme sa bouche.

Le paysan du XVème siècle revendique beaucoup moins de valeurs que le « philosophe » des « Lumières », mais il les pratique toutes beaucoup mieux.

On respectait beaucoup mieux les 10 commandements au temps de la Préhistoire, parce qu’il y avait nécessité de survie, qu’aujourd’hui à Monroe (USA) où le taux de criminalité atteint l’un des records mondiaux : 30% !

Plus l’on parle de valeurs, plus on en manque. Au contraire, plus on les pratique, moins on a besoin d’en parler.

Le trésor de l’école à la maison

Alors, quid de l’école à la maison ? Que deviennent les valeurs dans cette expérience ?

Eh ! bien précisément, elle les met en œuvre, du moins quand vous apprenez à la pratiquer. Et ça fait toute la différence.

Le paradoxe

Pourtant, paradoxalement, ce ne sont d’abord pas les valeurs qui déclenchent l’école à la maison. L’école à la maison est essentiellement aujourd’hui un recours (plus de 95% des cas) qu’une option originelle. On fait l’école à la maison parce qu’on a un problème avec l’école. C’est l’école qui cristallise presque tous les motifs de retrait. Et les gens qui veulent faire l’instruction en famille sans l’école font de même: ils veulent éviter ce que fait l’école, ils fuient ce système. Ils sont donc hors valeurs, leur démarche est une démarche de rejet avant tout. Un bon rejet.

N’empêche, il y a quelque affèterie à prétendre qu’on a des valeurs quand en réalité on a pensé à l’expérience d’abord pour cause de rejet. Sans doute, on a rejeté le système parce qu’on a des valeurs. Mais ce ne sont pas ces valeurs qui sont le soubassement du projet. C’est l’atteinte à ces valeurs.

Il s’agirait qu’on ait un peu d’humilité pour le reconnaître. Et les écoles dites libres devraient toutes reconnaître que c’est d’abord pour fuir le système qu’elles ont été créées, et non pour des « valeurs ».

Si on pense à l’école à la maison ou à l’enseignement libre, c’est d’abord parce qu’on ne veut pas que son enfant en passe par des affres, à l’école.

Les motifs déclarés sont presque tous purement concrets, tels le niveau, la sécurité, le cocktail vaccinal, le niveau médiocre ou la promotion d’une culture sexuelle dès la maternelle, les enseignants maltraitants, le harcèlement, le moule obligatoire, etc. C’est très souvent un mélange assez savant où l’on retrouve à peu près les mêmes thèmes. Parfois aussi, l’éloignement géographique joue son rôle, ou la santé de l’enfant.

Alors si l’on va un peu plus loin, on se rend compte que ces motifs concrets renvoient tous vers des valeurs: on rejette le niveau catastrophique de l’école, par exemple, parce qu’on aime son enfant et qu’on veut qu’il réussisse sa vie, et qu’on estime que l’instruction est une belle chose. Même si ce n’est pas l’amour qui est le déclencheur, c’est bien lui qui est le moteur principal.

Des valeurs d’abord ténues

Mais jusque là, c’est encore très ténu.

Ensuite, quand l’expérience a commencé, les valeurs éclosent, en chacun, qui prennent une dimension nouvelle, bien au-delà de la première réflexion problématique sur l’école.

En fait, c’est l’école sans valeur qui pousse les parents à se poser la question des valeurs. Et celles-ci prennent beaucoup d’ampleur dans l’opération.

Car jusque là, les familles ne mettent pas tellement en avant leurs valeurs, en pratique elles les contingentent dans la vie privée et même moins : souvent dans la seule journée du dimanche ou durant les rares fêtes religieuses. Ce n’est pas le samedi au supermarché que vous mettez à profit vos valeurs, n’est-ce pas ?

En poussant les parents dans leurs retranchements, l’Etat faillitaire les poussent à affirmer et à vivre ce en quoi ils croient.

Nous voyons cela tous les jours: des parents nous écrivent après un ou deux ans d’expérience pour nous dire le chemin parcouru, et nous voyons qu’ils ont fait un chemin énorme. Certains font en deux ans ce qui demandait une existence entière, il y a quelques décennies.

Quelles valeurs de l’école à la maison ?

Quelles valeurs ressurgissent-elles à la faveur de cette première réflexion ?

  • Tout d’abord, l’amour pour l’enfant. La crainte de voir un enfant illettré, éventuellement, violenté, isolé, rangé sur une voie de garage; réveille les sentiments maternels et paternels.
  • Le goût pour le savoir
  • La liberté
  • L’indépendance
  • La fierté de son patrimoine culturel
  • La religion, face à une institution, il faut le dire souvent outrageusement laïcarde.

On voit donc des parents avec quelques repères, quelques bribes, devenir en quelques temps des gens qui assument pleinement leurs choix, qui ont eu le temps de les mûrir, qui sont devenus vraiment spirituels, à cause d’une institution qui paradoxalement se veut aspirituelle !

Les horizons qui se développent

En réalité, les valeurs ne valent que ce qu’on en fait. On juge l’arbre aux fruits.

Une valeur qui n’est pas mise en œuvre est en réalité une valeur fictive, c’est comme une valeur en bourse, c’est de la croyance mais pas grand chose de réel.

C’est seulement lorsque le parent commence à prendre en main ce qui lui revient de droit, l’éducation complète de son enfant, que ces valeurs prennent forme.

On commence souvent par la patience car, vous l’avez remarqué, on passe son temps à dire qu’il faut être tolérant, et on est incapable de ne pas réagir à chaud, de ne pas s’exaspérer.

Puis, on apprend à être plus net, plus clair, plus organisé; la mise en ordre est très salutaire, cela permet dans la vie de mettre les choses, les ambitions, les exigences, chacune à leurs places respectives.

Puis, on va plus loin, on découvre la pudeur et la délicatesse, dont l’enfant a besoin et qui fait aussi du bien à l’adulte, habitué à l’ironie scabreuse et à la joute permanente. On apprend le silence et l’esprit de contemplation. L’introspection. L’humilité. On apprend la juste distance car l’enfant n’a envie ni d’avoir un parent qui l’étouffe, ni un parent aux abonnés absent. Puis, on apprend l’art de s’exprimer pour être compris. On apprend les diverses valeurs que produit l’étude des matières: l’objectivité en mathématiques, la subjectivité en français, le discernement, la déduction, et toutes sortes de facultés humaines qui naissent ou renaissent dès lors qu’on les sollicite.

On apprend aussi l’autorité juste, apprentissage crucial qui change la vie, et qui fait que d’une position de spectateur un peu en retrait, ne prenant pas position, conduit par les événements, un peu « tenu en laisse » par la société, on devient plus décidé, on prend les choses en main, on décide, on apprend à dire les choses plus clairement, on développe sa personnalité.

De là, l’ensemble de ce qu’on est constitue une armature beaucoup plus forte, plus haute, pour des valeurs qui ont un tout autre visage que le très lointain « humanisme » de la foule, les « valeurs » très très abstraites, dont tout le monde parle sans en savoir grand chose.

Désormais, on fait les choses selon ce qu’on veut. On a appris à décider. On a appris à entendre, et pas seulement « écouter » (car « l’écoute » peut aussi être une valeur stérile, nous le disons par ailleurs).

On est l’acteur de sa vie. On peut agir et orienter sa vie. Cette première étape est nécessaire et bienfaitrice, très féconde aussi. On n’a pas encore atteint les plus hautes strates de la sagesse humaine, mais au moins, on s’est mis en route.

Les valeurs de l'école à la maison

 

 

 

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