Mettre en pratique

On va maintenant mettre en pratique notre chère pratique !

Et nous allons voir qu'elle se heurte à notre conception de la "qualité".

Vous vous souvenez que nous vous avons dit que 5mn de qualité avec l'enfant valaient mieux qu'une heure sans qualité.

Mais à présent, nous vous disons: la qualité vraiment estimable ne viendra que via la pratique, qui est la quantité !

En effet, si vous ne savez pas y faire, la qualité que vous donnerez sera faible.

Je vous rapporte une parabole – une histoire, racontée par Eric Mueller :

Un jour, lors d’un cours de poterie, le professeur entra dans l’atelier et annonça aux élèves : « Tous ceux qui sont assis à ma droite formeront un groupe. » « Je vous confierai 15 kg d’argile. » « Votre mission sera de façonner autant de vases uniques que possible. Votre objectif est donc la quantité. » Puis le professeur se tourna vers l’autre moitié de la classe. « Tous ceux qui sont assis à ma gauche formeront un deuxième groupe. » « Je vous confierai aussi 15 kg d’argile. » « Votre mission sera de façonner un vase, qui soit le plus beau et le plus parfait possible. Votre objectif est donc la qualité. » « Je vous laisse 6 mois pour réaliser ce projet. » Après 6 mois, le professeur vint inspecter les vases créés. Les élèves du groupe qualité avaient disposé leur « vase parfait » sur un guéridon. Les élèves du groupe quantité avaient disposé leurs nombreux vases sur une immense bibliothèque. Sur le rayonnage du bas se trouvaient leurs créations du premier mois – maladroites, difformes, et peu nombreuses. Sur les rayonnages à hauteur de la ceinture, se trouvaient des vases plus récents. Ils étaient plus remplis que les rayonnages du bas. De mois en mois, les élèves étaient capables de produire de plus en plus de vases – leur savoir-faire avait progressé. Mais de façon surprenante, ces vases plus récents étaient également plus harmonieux et réussis. Sur le rayonnage du haut se trouvaient leurs créations les plus récentes. Le rayonnage était plein à craquer, tant ils avaient produit de vases durant le dernier mois. Le professeur monta sur une échelle, saisit l’un des vases les plus récents, et le plaça sur le guéridon, à côté du « vase parfait » du groupe qualité. Toute la classe fut ébahie tant le contraste était fort : Le « vase parfait » était sans conteste moins beau, moins harmonieux et moins réussi que le vase récent du groupe quantité. Le professeur demanda aux élèves du groupe quantité : « Avez-vous abandonné votre objectif de quantité pour faire de la qualité ? » Les élèves répondirent : « Non, non, nous n’avons pas changé de méthode, ni d’objectif. Mais, nous avons remarqué que nous avons augmenté notre capacité de production de mois en mois. » Les élèves ajoutèrent : « Mais, Professeur, comment est-il possible que nous ayons produit un chef-d’œuvre sans le vouloir ? » Le professeur répondit, avec un sourire entendu : « En continuant d’aller de l’avant, sans être arrêtés par les erreurs, vous avez parfait votre art, au point de créer un chef-d’œuvre. » « À présent appliquez cette méthode dans vos vies. Allez de l’avant avec enthousiasme. Ne restez pas bloqué sur vos erreurs. N’ayez crainte de vous tromper. N’espérez pas produire quelque chose de parfait du premier coup. »

Nous l'avons esquissé la dernière fois, rappelons le but ultime de toute pratique: le Don. Le Don de soi, le Don de sa vie, le Don de ses qualités. On apprend pour mieux donner. Délivrer au monde ses compétences. Si vous voulez apprendre, c'est pour mieux donner de vous-même au monde, en cette vie. Si vous voulez donner, il faut apprendre à le faire. Donner comme ça, sans savoir, c'est donner à demi, timidement, c'est donner peu. Pour donner pleinement, il faut apprendre.

Mettre en pratique, c'est favoriser le Don

Et le Don exige qu'il n'y ait pas "fusion" avec l'enfant ou l'apprenant. C'est de la communion qu'il faut.

Mais pas avec n'importe qui ni tout le temps. Soyez pudique.

Donc, d'abord, sortons de la fusion. En créant une distance et en sortant de la fausse "fusion", on va favoriser le Don.

Il faut accepter la distance qui permet le Don, qui lui-même permet d’élever. Si le rapprochement est excessif, s'il n'y a plus une juste distance, il y a une perte de mobilité et de liberté. Cela semble paradoxal, c’est pourtant vraiment pédagogique. L’omniprésence, la proximité excessive ou le rêve idéologique de fusion avec l’élève lui ôtent sa liberté. Nous en avons parlé déjà.

Il y a des pédagogies bonzaï, et ce sont souvent les pédagogies inspirées par une envie de bien faire. L'image que nous utilisons souvent, ce sont ces mamans qui font les devoirs avec leurs enfants et qui se collent sur leur dos, la tête au-dessus de l’épaule, pour leur faire écrire les bonnes réponses. Il n’y a pas beaucoup de moyens plus sûrs pour étouffer l’enfant et taire sa fécondité naturelle. Donnons de l’espace, reprenons distance. Du respect, et même du silence.

Il y a aussi ce fait que lorsque vous êtes en situation de dépendance, vous êtes conformé pour recevoir. Vous voyez le danger: vous recevez, vous en prenez l'habitude, vous devenez dépendant. C'est tout le secret des idéologies.

La distance juste, au contraire, rétablit une indépendance et, plus encore, un besoin de l'autre et donc un désir de don. Une fois de plus, on voit comment la société détruit le don, acte ultime, en faisant du social où la promiscuité et l'individualisme dissout tout. Et on imagine aussi plus aisément que les sociétés qui avaient un quant-à-soi (dont vous aurez une image assez exacte en regardant les films autrichiens de la série Sissi) étaient aussi beaucoup plus généreuses. L'égoïsme est lié à une promiscuité, une grégarité.

Les exercices sont la pratique, ils sont plus importants que la théorie

On oublie la théorie, on n’oublie pas la pratique. Ce n'est pas grave de se tromper en théorie, si on sait la pratique. A terme, on ne peut pas se tromper en pratique, on peut hésiter mais la pratique vous conduit inéluctablement vers plus de maîtrise.

Ainsi, c'est beaucoup plus facile de faire la centième dictée de sa vie que la première.

Mettre en pratique https://l-ecole-a-la-maison.com/

Les exercices sont l’application, la pratique. La pratique est pour nous ce qui est de loin le plus important. Si vous observez (...) la suite est réservée aux membres accompagnés, pour activer votre accès membre, passez par ici. Déjà membre accompagné ? Connectez-vous dans le menu du site (en cas de souci, voir la FAQ)

  • mylene vilhon dit :

    Merci pour ce bel article fort intéressant juste une question comment puis-je donner à mon enfant des exercices avant même d’avoir fait le cours ? Pour moi c’est comme si je demandais à mon plus petit de 5 ans de me lire un livre alors qu’il n’a pas encore apprit à lire. Je ne comprend pas comment c’est possible ? Je ne demande que ça de la faire pratiquer le plus possible car c’est très juste c’est en forgeant qu’on devient forgeron mais n’est ce pas préférable de commencer par la leçon ?

    • Rémy et Cécile dit :

      Cela dépend. Parfois, vous faites un exercice qui contient des éléments de la leçon que vous allez voir. D’autre fois, ce n’est pas possible car sans la leçon, il n’y a pas d’exercice possible. Vous pouvez toujours commencer la pratique avant d’avoir complètement fini la leçon, pour faire la leçon ensuite et marteler, répéter les éléments qui ont été vus et revus dans l’exercice. Vous voyez ?

  • Albane dit :

    J’ai connu un très grand et très vieux savant qui disait ceci ” Au fond on commence par imiter et ensuite sil’on peut on améliore”. C’était un chercheur génial qui était comme mon second père.

    Merci Rémy, c’est très vrai

  • Héloïse dit :

    Merci pour cette démonstration que j’ai hâte de mettre en pratique.
    Le comportement de mon fils pendant des explications données trop tôt, m’oblige à revenir à la pratique. Je comprends mieux pourquoi après vous avoir lu.

  • Marie-Lise Masquelier dit :

    O combien vrai ! Pourquoi ne pas entamer une tournée de conscientisation des enseignants ?
    Ardu ? Sans doute mais je suis persuadée que certains adhéreront facilement car les “vrais”, ceux qui veulent le meilleur pour les élèves, se remettront en question et leur enthousiasme ne s’effritera pas au fil des années.
    Pacte d’excellence non seulement pour les enfants et ados mais aussi pour les profs. On rêve ?
    En attendant, vive l’école à la maison !
    Merci pour cette analyse très pertinente.

  • Claire MAUVE dit :

    merci Rémy.
    je vous fais un mail

  • sandrine dit :

    Comme tous ces propos sont justes, merci !

  • Yasmine dit :

    Article très pertinent ! J’adore la corrélation avec l’enseignement des arts martiaux, étant moi-même prof d’Aïkido 🙂 Un beau signe qui me conforte dans cette voie nouvelle d’instruire mes enfants à la maison !

    • cecileetremy dit :

      Magnifique. On aura donc des occasions d’échanger !

  • s2Member®
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