Pourquoi l’enfant ne veut pas de mes trésors ?


L'enfant ne veut pas ce que je désire tant pour lui. Son bonheur ! sa liberté. Il n'a pas toujours l'air d'en vouloir. Pourquoi l'enfant ne veut pas de ces trésors que j'ai pour lui ?

Une maman nous écrit:

Je veux que ma fille arrête de refuser d’apprendre, je veux qu’elle développe un esprit curieux et un sens critique avec une capacité d’analyse. Je veux qu’elle trouve du plaisir à apprendre sans se soucier d’une évaluation. Je veux que ses phobies d’apprentissage cessent pour laisser la place à une réactivité d’esprit dans l’intention d’atteindre un but précis : se donner les moyens de réussir son projet. Quel que soit son chemin, je veux qu’elle l’ai choisi…

Pour tout dire, ce que ce message nous inspire n'est pas vraiment en réponse avec ce qui nous est demandé là. Comme souvent, cela nous entraîne ailleurs. Ce que nous allons dire là n'est donc pas une réponse directe à ce message. C'est une réflexion que cette maman provoque.

L'enfant n'est pas vous à son âge

La première chose qui nous vienne à l'esprit est la suivante.

Cette maman a des souhaits et pour l'instant, ce n'est pas ce qu'elle attendait. Elle a probablement essayé divers trucs et ça n'a pas marché.

Pourtant, elle aurait probablement aimé, elle-même, rencontrer une adulte comme elle, à l'âge de sa fille.

C'est notre cas à tous: nous aurions adoré croiser un adulte qui ait aimé ces films, cette musique, qui ait eu ces idées, qui ait eu ces encouragements. Etant enfants ou jeunes gens, nous aurions aimé croiser des adultes comme nous-mêmes. Pourquoi ? Parce que nous avons le même tempérament et que le jeune que nous étions était en attente de ce que nous avons trouvé. Il cherchait, ce jeune, et nous avons les réponses.

Or, notre enfant est différent. Vous le savez. Gauvain n'est pas Rémy, ni Marc-Eloi, ni Evrard-Nil, et ni Victoire ni Blanche ne sont Cécile. Et si Théophane et Octave ne sont pas dans la réfutation ou l'éloignement organisé, c'est qu'ils n'ont pas encore atteint le point.

Nous aimons à rappeler (mais vous l'avez déjà lu) que le fruit se détache lui-même de l'arbre. Ce n'est pas l'arbre qui chasse le fruit, c'est le fruit qui secrète l'humeur desséchante. Là n'est pas le sujet de cet article. Il faut dire que le fruit a été nourri par l'arbre, l'arbre lui a donné les moyens de s'en séparer. Vous donnez à votre enfant les moyens de vous claquer la porte au nez et c'est comme ça que ça doit se passer car l'être humain a besoin d'exister et d'éprouver ce qui lui est donné (c'est le sens de la vocation donnée par Dieu: "l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme" - Genèse 2.24; de ce fait, l'épousée aussi quitte sa famille, ndr).

Nom d'une pipe !

Contradiction entre ce que nous souhaitons pour l'enfant - le meilleur pensons-nous - et ce qu'il en pense. Sacré nom d'une pipe, nous avons des trésors fabuleux, que nous aurions adorés à son âge, et qu'il délaisse.

"Comment peuvent-ils passer nonchalamment à côté de ce bouquin/musée/film/disque/monastère/Mémoires/traité/biographie/pastis/grand cru ?" s'agace ce parent, "il faut vraiment ne rien avoir dans le ciboulot !"

L'enfant ne cherche pas les mêmes choses. Il connaît des réponses que vous lui avez délivrées trop tôt. Pas toutes bien sûr, et même dans votre registre beaucoup moins, il ne sait rien par rapport à ce que vous savez dans votre voie.

Vous lui avez donné des éléments trop tôt

Et pour cause: il a même été détourné de vos voies par le fait que vous lui en avez révélé des clés à l'avance.

Vous lui avez donné des clés que vous n'aviez pas encore reçues à son âge. Comment voulez-vous qu'il fasse le même chemin. On ne cherche que ce qu'on ignore. Or, maintenant, il sait.

Vous avez rompu le charme en lui révélant la fin. Le happy end, ce qui aurait dû être une part de sa quête.

Voilà pourquoi nous disons que la juste distance est utile. Le silence et l'éloignement sont utiles et nécessaires.

Voyez en musique. Il a entendu ce que vous aimez aujourd'hui, il va nécessairement le dépasser, ne pas en rester là.

C'est ce qui fait que la génération du jazz Nouvelle-Orléans des années 40 a eu des enfants rock après-guerre. Que les baby-boomers épris de Beatles aient eu des enfants qui aient aimé la pop progressive.

L'enfant s'éloigne du point où vous le construisez, quitte à se paumer dans des horizons à la fois lointains et secs, pauvres. Au-delà de l'Oural, la Sibérie aride, les déserts des steppes. Si vous donnez du rock à un petit des années 80, il sera peut-être "métal" 10 ans plus tard. Il y a comme une surenchère.

Pourquoi l'enfant ne veut pas de mes trésors ?

Il part du point où vous l'avez conduit

Si vous faites connaître les musiques que vous aimez aujourd'hui à l'enfant, il dépassera ce goût pour prendre un chemin différent.

Il vaut donc mieux donner à l'enfant les musiques que vous aimiez à son âge.

De même, un vin trop capiteux n'est pas apprécié par de jeunes papilles. Il ne faut pas aller trop vite. Vous n'emmenez pas votre enfant à la Tour d'Argent à 12 ans, c'est idiot, ridicule et cher.

Voilà. La Nature a fait que notre enfant repart de là où en est l'adulte plutôt que de l'enfant qu'a été l'adulte. C'est ainsi que nous avons cette succession de modes tout à fait évidentes dans la musique.

Si on veut moins de progression anarchique, mieux vaut redonner à l'enfant les mêmes choses que vous avez reçues ou celles que vos ancêtres ont reçues, de qualité, à leur âge.

Un certain conservatisme va ainsi maintenir des vertus ancestrales. Dans les populations traditionnelles, chez les Peuls, les Karens ou les Massaï par exemple, on répète vis-à-vis de l'enfant, presque invariablement, les mêmes rituels, les mêmes paroles initiatiques, dans les mêmes décors; les mêmes pèlerinages séculaires, les mêmes fêtes etc. Ce fut dans le cas dans nos campagnes entre Vercingétorix et Louis XVI, et même dans beaucoup d'endroits jusqu'à la Guerre 14: une extraordinaire constance. Regardez le film "L'Arbre aux sabots" et constatez que la campagne lombarde n'a pas changé entre le VIIIème siècle et le vingtième.

Néanmoins, le résultat peut en être que la progression vers d'autres valeurs en est freinée.

Pourquoi l'enfant ne veut pas de mes trésors ?

Il ne faut pas non plus trop figer car précisément dans le cas des Peuls, l'absence de renouvellement est dangereux pour la survie: les Peuls ont été débordés par la modernité. Il ne faut pas non plus être dépassés par la modernité, si du moins on est incapable de s'en tenir éloigné.

Il faut une part d'adaptabilité et une part de conservation. Je disais, étant jeune, que les civilisations sont comme des arbres qui produisent des fruits chaque année, tout en ayant des racines. C'est le paradoxe du vivant: il y a continuellement futur, présent et passé. L'Homme été fou de le nier, il l'est toujours avec ses "nouvelles" politiques et ses modes idéologiques.

Il y a des arbres qui n'ont que des racines. Chez certains peuples africains, la musique n'a pas varié depuis 150 ans. Et il y a des arbres qui ont trop de feuillage pour des racines trop faibles. C'est le cas de nos sociétés occidentales, dont la valeur exclusive est la nouveauté.

Entre la révolution permanente de l'Occident qui ne reconnaît plus ses ancêtres et une tradition totalement figée, un juste milieu existe.

Si notre société est totalement renversée, si elle va trop vite ("le monde va vite", se plaint-on), c'est parce qu'on parle trop tôt à l'enfant, on déstabilise par une transmission trop peu sage et ancrée dans la tradition, trop dans l'actualité et la remise en question, que tant de militants politiques expliquent à leurs petits enfants que le gouvernement est pourri, ils disent des choses trop tôt à l'enfant.

Du coup, l'enfant ajoute à tout cela parce qu'il ne peut pas être le clone de son parent, il a besoin d'une identité, il va donc développer son discours, sa voie, et finit par avoir un comportement que le papa ou la maman réprouve. Conflits, radicalisation... tout cela s'explique largement ainsi. On a semé en terre trop tôt des principes trop affirmés.

Ne vous étonnez pas que votre fils aîné vous résiste: il en a besoin pour exister, tout simplement. Ayez la sagesse de laisser faire. Si vous voulez une rencontre, cela ne se fera qu'à la proportion du désir qu'il a de rencontrer ce que vous avez à lui donner.

Soyons donc capables de planifier les dons à l'enfant.

Cette maman, visiblement, exprime les désirs qu'elle avait dans sa jeunesse: la liberté de choisir, le sens critique... Et puis, elle a besoin que sa fille réalise le chemin qu'elle a parcouru.

L'enfant cherche à exister, il a donc besoin d'écarter le legs de ses parents. Il ira plutôt chercher ses grands-parents pour trouver quelque chose qui est complémentaire, voire opposé à ce que ses parents manifestent. On en a parlé.

Pourquoi l'enfant ne veut pas de mes trésors ?

Des souhaits compréhensibles

"Des souhaits bien compréhensibles, nous lui avons-nous répondu. Maintenant, comment va-t-on y arriver ?
Si jusqu'ici elle n'est pas ainsi, c'est parce que les sollicitations n'ont pas été habiles, elles n'allaient pas dans ce sens.

Ce n'était pas les sollicitations que vous aviez choisies.

Maintenant, cela va-t-il se faire juste parce que vous le souhaitez ? Cela va-t-il marcher en lui demandant ? Non.

Tout cela possible et dépend de vous. Imaginez un cinéaste: "Je veux que mon public aime mon film, aille acheter la musique de mon film, apprenne par cœur les dialogues"... Cela ne tient en fait qu'à lui. Votre fille n'aime guère parce que jusqu'ici, ça ne la passionne pas. Peut-être et sans doute que cela vous aurait passionné vous, votre manière de faire vous aurait plu à vous à son âge. Mais l'enfant est différent.

Il n'y a pas de phobie d'apprentissage

En passant, notez qu'il n'y a pas de phobie d'apprentissage, de même qu'il n'y a pas de phobie des mauvais coups ou de la souffrance: on n'aime pas ce qui nous fait du mal. Cette rumeur de la phobie systématique, qui expliquerait tout à la place d'une remise en cause des carences de l'école, lancée par l'école elle-même, se heurte à des réalités: l'enfant n'aime pas l'école ou l'apprentissage parce qu'il s'y ennuie voire y souffre.

Regardez l'article "phobie" dans la fenêtre de recherche. Il n'y a pas de "phobie cinématographique", nous ne connaissons pas d'enfant qui déteste aller au cinéma. Et si cela arrivait, ce serait parce que l'enfant y aurait souffert, on l'aurait donc soumis à un film ou une situation scabreuse, douloureuse.

Enfin, pour ce qui est de choisir, oui, cela se peut, mais l'enfant est en général rétif aux souhaits de ses parents. Beaucoup de laissent conduire par la vie et trouvent leur voie tardivement.

Donc pour tout ça, si vous échouez pour l'instant, songez que c'est la manière de le souhaiter qui provoque sa réaction car l'enfant est le reflet de ce que nous lui donnons; le reflet inversé parfois. Comment inverse-t-on une image ? En la retournant."

Pourquoi l'enfant ne veut pas de mes valeurs école a la maison L'enfant courageux

Pourquoi l'enfant ne veut pas de mes trésors ?

Bonjour, je suis Oriane

Ce site est très complet et vous semblera même trop fourni. Pas d'inquiétude !

Nous vous enverrons tout ce qu'il faut savoir, jour après jour. Il vous suffit pour cela de vous inscrire. En revanche, si vous cherchez une information immédiatement, fouillez le menu "Kit démarrage" ou tapez le mot dans la recherche.

Pour finir, les familles ont besoin de ce blog pour sortir du système, soutenez-le !

  • Leyla Ramdane dit :

    Bonjour je trouve cet article super et tellement vrai !merci

    • Bonjour, je ne voudrais pas que mon enfant quitte la maison en claquant la porte, mais en nous remerciant. L’ingratitude n’est pas une vertu, et ils sont en âge de le comprendre.

  • Pour illustrer votre article je peux vous raconter un fait vécu dans ma famille il y a quelques années.
    Des parents modèles (mais si ça existe, surtout des mamans!) ont voulu « enrichir » la culture de leurs enfants (quatre filles de cinq à onze ans) en les amenant une semaine à Rome, aux vacances de Pâques. Ils eurent beau temps, ils se sont bien promenés et ont fait plein de visites. Le Colisée, la basilique St Pierre, la Via Appia, la fontaine de Trévise…la place d’Espagne, etc… c’est impressionnant racontaient les parents. Ils parlaient d’y revenir…Et lorsque nous avons demandé aux filles ce qui leur avait plu, ce dont elles se souvenaient, « Les glaces !  nous ont-elles dit en chœur, après, il y avait plein d’églises ! Bof ! » Grande déception des parents. N’auraient-ils pas mieux fait de leur offrir trois tours de manège à la ville voisine ?
    Je suis d’accord avec vous, il faut un temps pour tout ! Ces quatre visiteuses ignares avaient pourtant d’excellents résultats scolaires et étaient curieuses de beaucoup de choses .Elles ont bien grandi depuis. Je leur souhaite de pouvoir revenir une semaine à Rome lorsqu’elles seront prêtes à apprécier ce grand livre d’Art et d’Histoire et si c’est leur désir évidemment !
    Mais je ne voudrais pas dissuader des parents de faire des belles visites de lieux divers avec leurs enfants ! On peut toujours tenter ! Parfois un intérêt inattendu se manifeste.

    • cecileetremy dit :

      C’est exactement ce que nous avons vécu: Rome avec nos 5. Résultat semblable. Mais ils savent cependant qu’ils y sont allés. Ignares ils étaient, et une graine a poussé. Les yeux élargissent leur champ, le coeur aussi, en vieillissant.

  • Analyse fine et toujours très à propos
    Merci pour cet éclairage car je me posais la même question .

  • {"email":"Email address invalid","url":"Website address invalid","required":"Required field missing"}

    La vidéo à voir avant tout ↓

    s2Member®
    >