Apprendre à se battre ? S’endurcir ? Le vrai et le faux.

Apprendre à se battre

Il est très fréquent qu'une maman nous écrive pour nous dire que sa famille trouve normal que l'enfant pleure ou ne soit pas très heureux à l'école à cause des pressions, des rapports de force et des violences plus ou moins élevés à l'école. "Il faut bien apprendre à se battre", disent-ils.

Apprendre à se battre, s'endurcir : oui, mais...

"Ma famille me dit que cela fait mal mais il faut qu'il apprenne à se défendre et que se n'est pas à la maison qu'il saura et que je vais le détruire", nous écrit aujourd'hui cette maman confuse.

Plus récemment: "Le plus difficile pour moi va être de convaincre mon mari car il me dit que l'école a quand même des points positifs, comme devoir faire des choses que l'on a pas envie......que la vie n'est pas toute rose et qu'il doit se forger !"

Apprendre à se battre sur l-ecole-a-la-maison.com

C'est très classique comme propos.

Dire "il faut qu'il prenne des coups, il faut qu'il s'endurcisse", c'est ne pas avoir réfléchi suffisamment à la question.

Ce qui ne veut pas dire que nous allons "cocooner" l'enfant.

D'abord, un détecteur

Vous avez un détecteur: si votre cœur est déchiré à cause de la manière dont votre enfant supporte les choses, alors nous vous demandons instamment d'arrêter maintenant ce mode de vie pour votre enfant. Vous sentez quelque chose.

Faut-il ou non apprendre à se battre ?

Oui, l'enfant doit apprendre à se battre. On attend de l'enfant qu'il soit capable de se défendre, pour lui-même d'abord, ensuite pour les autres. Il sera un adulte: il devra protéger ses enfants.

Cela veut-il dire qu'il faut que l'enfant encaisse tout ?

Non.

Apprendre à se battre crash-test l-ecole-a-la-maison.comAvez-vous appris à conduire en faisant des accidents de voiture ?

Vous n'avez pas appris à conduire en faisant des tonneaux, des têtes-à-queue ou des crashs-tests ?

C'est le même chose pour les enfants: on ne leur apprend pas en les plongeant directement dans le bain.

La violence, dans les relations humaines, est normalement rare et on doit y être préparé. Ce qui veut dire apprentissage préalable, sans violence. Tous les experts authentiques savent que la maîtrise s'atteint progressivement et non brutalement. C'est en ce sens que rares sont les bizutages intelligents: ils traumatisent plus souvent qu'ils édifient (contrairement à ce qui se faisait de manière rituelle et intelligente il y a encore 30 ans).

Apprendre à se battre passe donc par des phases très progressives et bien encadrées.

On ne jette pas un jeune pompier dans un brasier le 15 août en plein maquis de la Drôme: il commence par éteindre un feu de palettes bien circonscrit. On n’envoie pas une jeune recrue en Afghanistan, on lui fait faire des exercices sans tirs réels. Il n'y a que l’Éducation nationale, qui n'a strictement aucun sens de ce que peut être l'éducation, pour envoyer de jeunes profs dans les quartiers violents. C'est très révélateur d'une manière de penser. On ne s'étonne pas que certains instits disent ensuite que l'enfant doive lui aussi subir le choc : "ça passe ou ça casse", "il faut l'endurcir", "la vie n'est pas comme ça madame", et toutes ces sortes de réflexions stupides.

C'est parce que ces profs le payent qu'ils entendent le faire payer; hélas, ça retombe sur les enfants, les êtres au monde les moins prêts pour ça. On n'envoie pas une jeune stagiaire présenter le bilan comptable de l'année, on n'envoie pas un mousse faire un quart sur un chalutier dans le canal trans-Manche. En fait, retenons ceci: pas de traumatisme. Or, le fait d'être exposé à une situation grave qui n'a pas été vécue et maîtrisée est traumatisante.

Qu'est-ce qu'un traumatisme ? C'est l'état de ce qui subit une sollicitation sans préparation. Ce n'est donc pas forcément violent dans sa manifestation.

Un coup de poing dans l'épaule d'un boxeur aguerri en guise de bonjour n'est pas un traumatisme. Dans l'épaule d'une jeune maman fluette, ça le sera.

Le spectacle d'un accident de voiture mortel sera un traumatisme pour des personnes qui n'ont jamais vu cela, ce ne sera pas un traumatisme pour le pompier professionnel.

Par conséquent, une fois de plus, tout passe par la fréquentation des choses, autrement dit par la pratique. Cela, vous le savez. C'est vrai aussi dans ce domaine.

Un enfant qui n'est pas préparé aux joutes verbales, et au combat physique ne doit PAS être exposé aux insultes et aux coups à l'école. C'est aussi simple que ça.

apprendre à sa battre chez les Aztèques

Les exercices pratiques, même les plus rudes, jouent un très grand rôle dans la formation militaire des jeunes Aztèques.

Un apprentissage raté, c'est une souffrance

Envoyer son enfant au feu, sans qu'il ait appris, c'est le faire souffrir. Ce n'est pas ce que vous voulez.

On se rappelle qu'il y a des âges. Un âge pour chaque apprentissage. Donc on n'apprend pas le combat au couteau à un enfant de 4 ans. Si c'est vrai dans le combat physique, c'est vrai aussi sur le plan moral et intellectuel: on n'expose pas un petit à une humiliation, une insulte permanente, un rejet même ! Un petit enfant ne doit pas être exposé au rejet d'une partie de sa classe. C'est traumatisant. Pour un adulte, ce n'est rien, ce qui lui permet d’ânonner : "Il faut qu'il s’aguerrisse", mais je lui dis aussitôt: "Êtes-vous prêt à prendre un couteau et m'affronter ?" Car le degré est le même. Une humiliation ou un rejet pour un petit, c'est comme un terrible procès ou un combat au couteau pour un adulte.

Le degré n'est pas le même: l'enfant a une sensibilité plus élevée, très élevée. Il ne s'agit pas de raboter cette sensibilité mais de la mettre à l'abri d'une âme et d'un corps solides.

Apprendre à se battre progressivement

C'est pourquoi, puisqu'on ne veut pas que cette sensibilité lui coûte, on la préserve en lui apprenant progressivement (seconde notion qui nous est chère) à se battre, dans des joutes qui respecte des règles.

Nous avons déjà raconté que nous organisons à la maison des combats rituels quand les enfants se disputent; ça aguerrit intelligemment, ça amuse aussi et le jeu permet d'intégrer une violence maîtrisée; ça crée une émulation, une assurance, une fierté, mais aussi une cohésion entre enfants. C'est ce que font toutes les espèces du règne animal : les lionceaux, les chatons, les chiots etc.

Un très bon article du Monde (une fois n'est pas coutume) dit avec nous qu'il va falloir réapprendre à ne pas trop protéger l'enfant et même à ne pas trop s'en occuper, d'arrêter d'être sur son dos. Notre filleul circule de manière assez ridicule en vélo avec casque, genouillères, coudières et pantalons épais parce que sa mère est épouvantée à l'idée qu'il fasse une chute; des parents surveillent et accompagnent leurs enfants partout, il leur paraît absolument scandaleux et digne de peine de prison de laisser un enfant dans une voiture plus de 5mn. De tout cela naît un excès, il y a un abus qui risque d'étouffer l'enfant et en faire un être veule, servile. Ne soyons pas sans cesse sur son dos. Respectons sa vie privée.

Sachons ne pas nous en occuper !

On ne voit plus d'enfant aller acheter seul du pain à la boulangerie, on n'en voit plus qui chasse seul les moineaux ou les belettes en forêt, on n'en voit plus beaucoup qui se fasse de cabane seul. L'article du Monde dit: "une étude britannique citée par le Guardian vient de révéler que les trois quarts des enfants anglais passent moins d’une heure par jour dehors, soit la durée de promenade recommandée par l’ONU pour… les détenus." « Laisser ses enfants sans surveillance deviendra bientôt légalement impossible… », s’inquiète Lenore Skenazy. Et, ce qui est très vrai: "Nous confions des enfants à un baby-sitter à l’âge où, autrefois, c’était eux qui gardaient les petits voisins." On ne risque pas d'avoir, à ce train-là, de grands aventuriers...

Les combats pour la justice

Les enfants qui se disputent fréquemment sont des enfants qui ne sont pas en cohésion parce qu'ils n'ont pas "souffert" ensemble, c'est-à-dire peiné ensemble; apprendre à se battre ensemble est alors primordial. Le combat rituel, organisé, et les tâches en commun, sont en cela de bons vecteurs (rappelons qu'il est bon que la génération des enfants se voit d'une certaine manière liée entre elle par rapport à la précédente, donc au lieu de nager dans une fausse communion inter-générationnelle qui ne peut survenir qu'à l'âge adulte, vous faites en sorte que les enfants s'entraident face à vous - il ne s'agit bien sûr pas de les maltraiter, mais vous userez d'une justice qui n'a pas toujours besoin de savoir le détail des choses; nous en avons déjà parlé).

Les gens qui ont été traumatisés dans leur enfance, brutalisés à l'école, rabotés dans leur sensibilité à l'école ne font pas de bons combattants. Ils font des gens conformistes, craintifs, soumis, fuyards (et leurs opinions politiques y sont associées). La violence contre l'enfance fait une société de la soumission.
La société d'autrefois était plus virile parce que les enfances étaient plus douces et plus éducatrices en même temps.

Les bons combattants ont été élevés à l'abri des grands traumatismes d'enfance et ils ont reçu une grande certitude en eux, par l'amour donné des parents. Cela, nous l'avons vérifié au karaté partout dans le monde, à la guerre, dans les armées, dans l'Histoire, dans la rue, dans les joutes verbales et intellectuelles.

Les pseudos champions violents et dominateurs que sont les gosses battus jouant les caïds, sont de très mauvais guerriers. Ce sont des petites terreurs mais lorsqu'une personne décidée s'oppose à eux, c'est la débandade rapide, en moyenne survenue avant la troisième rencontre. La petite terreur est douée pour le premier choc, c'est son élément, mais ce prédateur naturel est incapable de penser une quatrième épreuve. Il n'y a pas de structure, il n'y a que du spontané, et généralement sans maîtrise, avec juste de bons réflexes. Nous vous disons cela si vous êtes confronté à l'un de ces voyous.

Apprendre à se battre intelligemment

C'est ce qui explique que l'Occident a été pendant longtemps le plus fort: ses enfants étaient élevés solidement et sans traumatisme. Les armées de traumatisés sont dispersées à chaque fois ou presque. Le rapport de force est proportionnel au niveau d'instruction mais plus encore d'éducation dans la prime enfance.

Il s'agit donc de donner à l'enfant des combats dans des conditions favorables. Voilà pourquoi l'enfant, avec sa maman à la maison et des copains choisis, suffisamment doux et énergiques, sera plus tard un bien meilleur combattant.

Il en découle que, dans les faits, non, on n'envoie pas l'enfant à l'école "pour qu'il s'endurcisse"; la réalité étant qu'à l'école, il se ramollit. Les défaites et les traumatismes dévirilisent le garçon et "dé-féminise" la fille.

Indifférenciation, territoire

Nous en avons déjà parlé dans l'article sus-cité, mais pour rappel, outre les traumas, l'enfant à l'école va être déboussolé par deux facteurs: l'indifférenciation, l'un des plus sûrs destructeurs d'âme (autrement dit la barbarie) et le problème du territoire.

L'enfant a besoin de reconnaissance existentielle, de ne pas être dans l'indifférenciation, d'être reconnu, avec ses compétences (plutôt qu'avec son être parce que ça ne veut rien dire: comment fait-on pour reconnaître un être, on lui dit : "je te reconnais pour ce que tu es ?" La belle affaire, et ensuite ?).

En outre, il n'est pas chez lui à l'école et cela perturbe son apprentissage. C'est pour cette raison, entre autres, que les apprentissages se faisaient en lieux sacrés: dojo, temple... On est chez soi quand on est dans un site universel, divin. Une bonne école sera donc contrainte de rétablir un sentiment de confiance en créant un décor très rassurant, pratique, lumineux et si possible chargé de sens, de façon à donner à l'enfant le sentiment qu'il est en territoire ami. Il bon d'établir des signes de sacralité, et qu'une loi ad hoc soit adoptée. De cette manière, plutôt qu'une jungle agressive, l'enfant sera en zone paisible et fertile répondant à une loi qui dépasse les lois humaines subjectives: il n'y a pas de maître absolu en ce monde donc personne n'a à exercer "sa loi". Apprendre à se battre dans ces conditions est valable.

Ne pas aguerrir est aussi contre-indiqué

Vous ne pouvez pas non plus cocooner l'enfant, l'élever dans du coton et vous le sentez instinctivement si vous êtes une femme: vous savez que la capacité à se défendre et à défendre les autres est vitale, c'est ce que vous aimez en l'homme idéal. Si l'enfant, fille ou garçon, n'a pas du tout appris à se battre, il se trouvera tôt ou tard en situation d'être traumatisé. C'est pourquoi vous ne devez pas surprotéger l'enfant. Il doit apprendre. Les enfants des familles nombreuses apprennent naturellement; ce n'est pas suffisant. Vous pouvez le faire vous-même, ce qui vous évitera les conflits. L'être établi en lui-même doit l'être solidement.

Éventuellement mais franchement sans obligation, un forum en parle: https://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20101112010110AAZoVuS

  • Marion dit :

    Encore une étude avec du bon sens!
    Merci pour tout ces encouragements
    A l’heure d’aujourd’hui beaucoup de traumatismes détruisent l’identité des enfants..réagissons vite!

  • pascal laumailler dit :

    Encore une superbe étude!
    Merci pour tout ces encouragements
    Trop de traumatismes scolaires détruisent l’identité des enfants..réagissons vite!

  • chalopin dit :

    Bonsoir, Remy, Cécile, j’approuve vos dire, et qu il est important, de protégé nos enfants, de l’enfer qui vivent à l’école, j’aurais connue ce style d’apprentissage des années, en arrière, mes aîné, en aurais profité, et ne serait pas dans un état de mal être, et de manque de confiance, demain je suis convoqué avec ma fille au Juge, concernant le changement d’école, je trouve ça in or mâle d’être obligé de ce justifier à l’égard de nos propre enfants, elle est belle la loi

  • Gwendoline Noël dit :

    Voilà un article qui me déculpabilise enfin car c’est comme cela que je pense. Or pour tout mon entourage “l’enfant doit être confronté à des situations de lutte à l’école “!!!! Dur dur de se aire entendre et comprendre mais qu’importe le principal est le mieux être de mes loulous!

  • Bénédicte dit :

    super article, merci de mettre en ordre et en mots nos “ressentis”, très valables, de mamans.
    J’ ignore pourquoi c’est si dur de les analyser nous mêmes et de les expliquer mais, ça aide de les lire écrits par d’ autres 🙂
    Les ayant lus, je suis certaine que je pourrai retenir les arguments.

  • rojdi dit :

    totalement d accord avec vous !
    article très intéressant .
    merci

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