Quelle réciprocité avec l’enfant ?


Quelle réciprocité avec l’enfant, c’est la question qu’on peut se poser. Une maman nous écrit un beau message où elle s’inquiète de la relation qu’elle va avoir avec son enfant. La question de fond est : quelle réciprocité avec l’enfant ? Car une relation, c’est une réciprocité.

Réfléchir à cette relation n’est pas une très bonne idée: c’est une réflexion dont il ne sortira pas grand chose, en fait. Nous avons des trucs plus constructifs ! Car se poser la question en se mettant en tête une sorte de vis-à-vis, de regard l’un sur l’autre, ne peut qu’être source d’ennuis divers et tous plus fâcheux les uns que les autres.

La question de la relation a une première réponse: c’est dans l’action, dans le rôle que chacun jouera que ça va se nouer le mieux. Sortir, faire des choses, apprendre, agir en un mot est bien mieux que se regarder les yeux dans les yeux ou même vivre l’un à côté de l’autre.

C’est vrai, il y a le quotidien, le temps passé ensemble. Pour cela, il faut une bonne connaissance de la juste distance, vous le savez maintenant si vous nous suivez.

Ce que l’enfant pense de nous ?

Il n’importe pas que nous sachions ce que l’enfant pense de nous. Il n’importe même pas qu’il nous aime consciemment (il nous aime de toutes façons): peut-être dira-t-il « je te déteste » tel ou tel jour. Comme le champion peut haïr son entraîneur, lorsque celui-ci semble solide et inflexible comme le roc. L’enfant peut avoir une haine passagère, mais ayant passé à travers ce feu purificateur de la colère, il trouvera ce roc où il pourra toujours s’amarrer. Car dans votre attitude, il voit certes l’infaillible exigence, mais aussi l’infaillible amour: vous l’aimerez toujours. De même que le touriste peut haïr le sherpa qui lui fait passer par des moments terribles, mais qui est garant d’une chose: il l’emmènera à son but et ne le laissera jamais tomber.

Réciprocité ?

Il faut écarter cette idée de « réciprocité » avec les petits, mais aussi d’une certaine façon avec les plus grands. La « réciprocité » est une attente en retour, elle est l’affirmation de l’adulte qui dit « moi aussi, je ».

Alors, cette affirmation d’un adulte qui dit « moi, je », par exemple « j’ai une vie, j’ai une œuvre, un métier, une vocation », nous verrons que cela viendra lorsque l’enfant aura 7-8 ans: l’enfant aura besoin de savoir que sa maman et son papa ont leur vie propre et leurs réussites indépendamment de lui. Il n’est pas le nombril du monde et vous n’avez pas été créé(e) rien que pour lui. Ce sera donc important que vous affirmiez votre parcours. Mais ce ne sera pas de la réciprocité. Il y aura réciprocité plus tard, quand l’enfant sera devenu ado et que vous établirez un pacte social, tacite ou, mieux, explicite: chacun a son rôle et attend que l’autre assume le sien, dans une relation aimante. C’est très juste.

Mais jusque là, jusqu’à ce stade de maturité où l’enfant atteint l’âge de comprendre ce pacte et de tenir solidement sa parole (ce qui est très difficile, il faut le comprendre), c’est une erreur car l’exigence de réciprocité implique des gens qui ont déjà reçu tout le nécessaire pour la respecter.

Ce ne sera donc pas réciproque. Ce sera « de vous à lui », essentiellement, jusqu’à ce stade. Un jour, lorsque vous serez âgé, ce sera « de lui à vous ». Chaque étape en son temps. D’ailleurs, ce sera « de lui à vous » largement de la même manière que ç’a été « de vous à lui » : il vous donnera des choses de la nature de ce que vous lui avez donné.

 

Quelle réciprocité avec l'enfant ?

Réciprocité : ce qu’il ne faut surtout pas oublier

On ne doit pas attendre d’un petit ce qu’on attend d’un grand et en croyant « responsabiliser l’enfant », on l’a beaucoup écrasé ces dernières années. Responsabiliser, oui, mais pas exiger un retour de la part d’un enfant qui est censé recevoir plutôt que donner. Une plante reçoit de l’eau, du soleil, des éléments nutritifs, avant de donner du fruit.

Qu’est-ce donc que responsabiliser un enfant ? C’est de l’ordre de la compréhension, pas de l’implication au quotidien. Il y a à distinguer la « capacité de l’enfant à comprendre » et la « capacité de l’enfant de s’impliquer ». Il peut comprendre comme un adulte, il ne peut pas s’impliquer comme un adulte. Ayons bien cela en tête: votre enfant n’est pas censé respecter une parole, vous devez lui pardonner s’il change d’avis ou se « parjure ». Vous allez l’y aider, mais progressivement. « Tu me l’avais promis ! » est une expression que le petit enfant ne comprend pas et que le moyen n’est pas toujours absolument obligé de respecter, car il a peut-être changé d’avis, il a évolué. D’accord ? Au XIXème, on avait cette inflexibilité-là : c’était excessif.

Quelle réciprocité si on n’attend rien ?

Naturellement, on doit attendre quelque chose de la vie et de son enfant, du moins on a le droit d’avoir des attentes, des espoirs.

Mais la prudence est bonne conseillère (pas toujours mais en l’occurence).

N’attendez rien de votre enfant : la vie sera beaucoup plus facile. S’il ne donne rien en effet, vous ne serez pas désappointé. S’il donne, vous serez enchanté. Une fois donc qu’on ne pense qu’à un don à sens unique sans rien attendre en retour, les choses vont beaucoup mieux: on donne à l’enfant, notre identité est là, il reconnaîtra ce don. S’il nous donne, tant mieux, c’est une joie. Mais ce n’est, ni indispensable, ni forcément juste: l’enfant, comme la fleur en bourgeon, n’est pas encore arrivé à cet instant où il pourra donner. Donnons sans attendre en retour, n’ayons pas trop l’état d’esprit du bien-être où JE dois être bien autant que l’autre, et laissons de côté notre intérêt, quand on éduque. Il est fort probable que nous aurons, de la part de l’enfant, des retours âpres, sévères, critiques, qui, après des années, deviendront naturellement de la reconnaissance.

Pas de « retour sur investissement »

L’esprit du « retour sur investissement » est en filigrane dans la civilisation du « bien-vivre », du « bien-être », ça ne marche pas en éducation. Il faut une certaine « indifférence à son propre sort », une insensibilité des moines qui marchent sur les braises : peu nous importent les coups (abstraits bien sûr) de votre enfant; on va se restaurer par ailleurs, rassurez-vous, on va se dorloter, mais pas en sa présence. On peut dire que tout se passe beaucoup mieux quand on est indifférent à son propre sort, que le maître accepte les coups et les erreurs de son disciple et il n’attend pas de reconnaissance, dans les deux sens du terme.

Il y a toute une philosophie du don en réalité qui peut charpenter votre don à l’enfant, et qui donne une force et une précision extraordinaire. Marcel Légaut en est une très grande figure à la fois intellectuelle et paysanne.

Marcel Légaut Réciprocité sur https://l-ecole-a-la-maison.com
Marcel Légaut

Il est vrai que cela tranche avec notre époque qui compte le « moi » et la satisfaction pour beaucoup. Alors, cette satisfaction est indispensable, mais nous devons choisir le bon moment pour ça. Elle n’est pas juste vis-à-vis de l’enfant, nous n’avons pas le droit de lui dire « ce que je te donne, j’attends que tu me le donnes en retour ». Non.

De même que sa satisfaction à lui, l’enfant, n’est pas non plus à vraiment considérer: c’est secondaire. Nous ne cherchons pas à satisfaire ses désirs mais à satisfaire son besoin vital de grandir et de s’épanouir, et cela ne lui fait pas forcément plaisir. Nous cherchons pour lui bien davantage des réussites qui passeront par des combats (justes) pour aller vers des moments de joie.

Le don et la relation chez cet admirable penseur que fut chez Marcel Légaut

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